L’OPEP a choisi de frapper les imaginations ce mercredi soir à Oran en annonçant une « baisse globale de 4,2 millions de barils jour » de sa production depuis septembre 2008.
Ihsane EL Kadi à Oran
La salle de conférence de l’hôtel Sheraton d’Oran est restée interloquée un instant avant de réaliser que l’annonce faite par le président de l’organisation, Chekib Khelil, englobait également les décisions de baisses de production précédentes, de 500 000 barils jour en septembre et de 1,5 million de barils jour en octobre dernier. La nouvelle baisse décidée est donc de 2,2 mbj. « Nous avons tenu à faire mieux que lors de la dernière conférence extraordinaire de l’OPEP à Alger en 2004 ou l’organisation avait décidé d’une baisse de deux millions de barils jour qui avait eu une grande influence sur les cours. Nous le faisons certes dans un contexte économique beaucoup plus difficile, avec une grande volatilité des prix et une offre excédentaire, mais avec 40% de la production mondiale et la coopération des pays non Opep présents ici, nous avons bon espoir de peser à nouveau sur le marché pétrolier » a affirmé le ministre algérien de l’énergie et des mines qui transmet la présidence de l’organisation à son homologue angolais. Le but immédiat de la décision de l’OPEP est de faire descendre le stockage de pétrole dans les grands centres consommateurs de 57 jours de réserve actuellement à la moyenne « acceptable » de 52 jours.
La forte délégation russe, conduite par le vice premier ministre Igor Setchine a quitté Oran sans révéler dans le détail comment elle comptait venir en aide à la décision de l’OPEP. L’adjoint de Vladimir Poutine avait déclaré la veille, après une arrivée fort attendue dans le hall de l’hôtel, que son pays pouvait envisager, en fonction de l’évolution des cours, une baisse de production de 300 000 à 320 000 barils jours. Une annonce qui a laissé sceptique une partie des experts présents dans les coulisses de la conférence. L’Azerbaidjan – autre pays non OPEP à avoir, avec Oman et la Syrie, assisté à la réunion en tant que membre observateur, a évoqué également une baisse possible de 300 000 barils jours. C’est bien, une fois de plus, le ministre saoudien de l’énergie, Ali Nouaimi, qui aura donné le ton en annonçant, au milieu d’une bousculade de journalistes, souhaiter une baisse de deux millions de baril jours, un volume que même le ministre vénézuélien n’a pas cité avec autant d’insistance.
La communication choisie par l’OPEP de comptabiliser dans sa baisse de production annoncée à Oran, les deux précédentes baisses de septembre et octobre, admet, en tentant d’impressionner le marché avec le chiffre 4,2 millions de barils jour, que les baisses précédentes n’ont pas été totalement effectives. Le comité de suivi a parlé de 80% de baisse exécutée sur la décision d’octobre dernier de réduire de 1,5 million de barils jour son volume de production alors de 28,8 millions de barils jour. « Si la discipline des membres de l’OPEP devait se maintenir à ce niveau dans l’application de cette nouvelle baisse d’Oran, alors le déstockage hivernal va rapidement s’accélérer dans les semaines qui viennent et cela ne sera pas sans effet sur les cours » a déclaré Naoufel Dridi, un consultant pétrolier. Le président Bouteflika a terminé sa déclaration inaugurale du matin par une référence pressante à la discipline des quotas : « je souhaite que vous décidiez. Je souhaite encore plus que vous exécutiez ». Les experts de l’OPEP sont restés prudents tout au long de la conférence dans leur pronostics de prix du pétrole durant le premier trimestre 2009 : « le mieux que le brut peut espérer est de revenir à 50 dollars, dans un tel contexte ou les mauvaises nouvelles qui touchent la demande énergétique se bousculent tous les jours ». 24 heures après une baisse historique du taux directeur de la FED à prés de 0%, l’OPEP y est donc allée de sa coupure de production historique. Pour la reprise du crédit aux Etats-Unis, comme pour celle des cours pétroliers, la suite passe par les voies impénétrables du marché.
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