Les Etats de la région vont devoir faire face à une forte hausse de leur consommation d'électricité dans les années à venir. Un phénomène qui les pousse à étudier des projets de centrales nucléaires.
Jusqu'où iront les pays du Moyen-Orient dans le domaine du nucléaire ? Depuis quelques mois, les partenariats et les déclarations sur le sujet se multiplient dans la région. En janvier, les Emirats arabes unis (EAU) ont conclu un accord de coopération avec le Japon et les Etats-Unis, après avoir fait de même l'an dernier avec la France et la Grande-Bretagne. La Jordanie, qui envisage d'implanter une centrale nucléaire dans la région d'Akaba, a signé un protocole d'accord avec la Korea Electric Power Corp. pour réaliser une étude de faisabilité. Un appel d'offres doit suivre l'an prochain. La semaine dernière, l'émir du Koweït, cheikh Sabah al-Ahmad al-Sabah, a annoncé que son pays pensait « sérieusement à rejoindre le club nucléaire ». Au même moment, Bahreïn accueillait le constructeur russe de centrales Atomstroïexport dans le cadre d'une éventuelle coopération. Electricité : demande croissante
Pourquoi un tel engouement pour le nucléaire ? Après avoir massivement investi dans des infrastructures industrielles et touristiques, les pays du Golfe connaissent aujourd'hui une croissance de leur consommation d'électricité de 7 % à 8 % par an... mais ils n'ont pas tous les moyens d'y faire face. Abu Dhabi, Dubaï ou Oman produisent l'essentiel de cette électricité à partir de gaz naturel, qu'ils doivent de plus en plus importer de pays voisins comme le Qatar. « Dans des Etats comme l'Arabie saoudite, plus de la moitié des ressources de gaz dépendent de la production de pétrole, ce qui pose des problèmes de disponibilité pour la production d'électricité », ajoute Leila Benali, du cabinet Cambridge Energy Research Associates (Cera). Autre facteur de poids : la stratégie nucléaire de l'Iran. « Celle-ci a joué un rôle d'aiguillon dans la région », explique un expert français. Fin 2006, les six pays du Conseil de coopération du Golfe (l'Arabie saoudite, les EAU, Oman, Bahreïn, le Qatar, le Koweït) ont lancé une étude de faisabilité sur le développement d'un programme nucléaire commun.
Depuis, c'est Abu Dhabi qui est le plus offensif sur le sujet. « Abu Dhabi a décidé de se lancer dans le nucléaire afin de préserver ses réserves en énergies fossiles sur le long terme. Le pays a un projet de pratiquement 5.000 MW, c'est-à-dire trois EPR, avec peut-être six autres derrière », expliquait le patron de GDF Suez, Gérard Mestrallet, lors de la conférence Energie du Groupe Les Echos. Selon nos informations, l'émirat a lancé un appel d'offres d'assistance à maîtrise d'ouvrage en début d'année, pour être à même de rédiger le cahier des charges. Les premières spécifications pourraient sortir en 2010, avec un choix du consortium prévu en 2012. Areva, GDF Suez et Total se sont associés sur ce projet. Ils ont été les seuls à se dévoiler publiquement, bien avant le démarrage de la procédure. GE-Hitachi et Toshiba-Westinghouse seront aussi présents, mais on ne connaît pas leurs partenaires. Très ambitieux, Abou Dhabi envisage une mise en service à l'horizon de 2017.
Reste maintenant à voir si ces projets se concrétiseront dans le contexte actuel. Certains estiment que l'enthousiasme des pays arabes s'est nettement refroidi depuis la chute du pétrole. L'impact de la crise sur la consommation d'électricité et le financement des projets posent aussi question. Dans le cas d'Abu Dhabi, « la procédure a été lancée, affirme Gérard Mestrallet. Le cas échéant, il est prêt à financer ce projet en totalité ». Mais le défi de l'émirat ne sera pas seulement financier. La taille de son projet dépasse largement les besoins nationaux. Pour rendre l'investissement viable et exporter de l'électricité, Abu Dhabi aura besoin de coordonner sa stratégie énergétique avec ses voisins. Une étape de longue haleine. Le coût d'un réacteur nucléaire fait débat dans la région, et les travaux du Conseil de coopération du Golfe sur le nucléaire ne brillent pas par leur rapidité...
EMMANUEL GRASLAND, Les Echos
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