Le fonds Qatar Holding débourse 7 milliards d'euros pour devenir le troisième actionnaire de VW, qui va prendre le contrôle par étapes de Porsche. La fusion n'interviendra qu'en 2011. Le groupe vise le titre de numéro un mondial d'ici à 2018.
Echaudés par leurs investissements malheureux dans la finance, les fonds souverains du Golfe misent désormais davantage sur les fleurons de l'industrie allemande. Après l'entrée d'Abu Dhabi au capital de Daimler (9,1 %), c'est au tour de l'émirat du Qatar de débourser quelque 7 milliards d'euros pour s'associer à la prise de contrôle de Porsche par Volkswagen et devenir le troisième actionnaire du champion européen.
Le fonds Qatar Holding, qui permet ainsi de dénouer une saga politico-économico-familiale très agitée, va reprendre 10 % des actions ordinaires de Porsche SE aux actionnaires familiaux Porsche et Piëch, ainsi que la majorité des options que détient encore le constructeur stuttgartois sur des titres Volkswagen. Porsche a voulu l'an dernier prendre le contrôle du constructeur de Wolfsburg, via un jeu d'options opaque, mais s'y est brûlé les doigts. Ne pouvant plus assumer le poids de sa dette, qui tourne autour de 10 milliards d'euros, Porsche a dû consentir à passer sous pavillon Volkswagen.
Concrètement, afin de ménager sa structure financière, Volkswagen ne va acheter dès cette année que 42 % de Porsche AG, la structure opérationnelle de sa proie, pour 3,3 milliards d'euros, la fusion totale n'intervenant qu'en 2011, selon toute probabilité. Il achètera aussi la société de distribution de Porsche, située en Autriche, en versant environ 3 milliards d'euros. Parce que sa situation financière est véritablement très dégradée, Porsche va en outre devoir émettre de nouvelles actions ordinaires et préférentielles et a obtenu du Qatar une ligne de crédit de 265 millions d'euros dans le cadre d'un prêt syndiqué impliquant 16 banques. Le rachat de ses options sur les titres Volkswagen devrait libérer 1 milliard d'euros de liquidités jusqu'ici bloquées comme garantie auprès des banques. Conquérir le marché américain
Le Qatar, qui a aussi négocié la construction d'un centre de recherche-développement sur son sol, devrait détenir entre 17 et 20 % du capital de la nouvelle structure qui regroupera Volkswagen et Porsche. Il en sera le troisième actionnaire, derrière les familles Porsche et Piëch (entre 35 et 39 %) et le Land de Basse-Saxe, qui a veillé à conserver sa minorité de blocage et ses représentants au conseil de surveillance.
En Bourse, la présentation de ce nouveau schéma a fait plonger les titres Volkswagen. L'action préférentielle a chuté de 5,8 %, à 56,64 euros : VW va en émettre de nouvelles (sans droit de vote) durant le premier semestre 2010, à hauteur de 4 milliards d'euros. L'action ordinaire a, elle, terminé en repli de 15,6 %, à 190,70 euros, après avoir perdu jusqu'à 27 % en séance : la prime spéculative liée à une incertitude quant au sort des options détenues par Porsche s'est évanouie. A cause de l'attaque de Porsche, l'action VW, totalement survalorisée, était accoutumée, ces derniers mois, à de très brusques oscillations à Francfort. L'action préférentielle Porsche, quant à elle, a grimpé de 8,7 %, à 48,50 euros, le marché étant surpris par la forte valorisation de la société induite par la transaction avec Volkswagen.
Le patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, grand vainqueur de l'affaire, affiche désormais une ambition très claire : ravir le rang de numéro un mondial à Toyota d'ici à 2018. Pour cela, le nouveau groupe devra monter en puissance sur le marché américain, où il ne vend à l'heure actuelle que 300.000 véhicules par an. L'an prochain sortira aux Etats-Unis la première voiture spécialement conçue pour les automobilistes américains.
Martin Winterkorn attend de la fusion une amélioration de 700 millions d'euros du résultat opérationnel. Les synergies de coûts devraient apparaître dès l'an prochain. Les salariés ne doivent pas craindre de licenciement, que ce soit chez Porsche ou VW. Ils devraient détenir entre 1 et 5 % du capital du nouvel ensemble.
KARL DE MEYER, Les Echos www.lesechos.fr
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