LONDRES - Alors que l'Arabie saoudite avait assumé le rôle de "pompier de service" de l'Opep lorsque les cours du pétrole étaient en chute libre, elle semble dorénavant lasse de sacrifier une partie de ses revenus pétroliers et d'abandonner des parts de marché à la Russie.
Fin 2008, l'Opep a mis en oeuvre les réduction de production les plus dratisques de son histoire pour rééquilibrer le marché pétrolier et enrayer la chute des prix du pétrole, tombés à 32,40 dollars. Le sacrifice demandé à l'Arabie saoudite, premier exportateur du cartel, était énorme: elle a promis d'amputer sa production de 1,31 million de barils par jour par rapport à sa production de septembre 2008.
En début d'année, Ryad a fait preuve d'une rigueur exemplaire dans le respect de ses engagements : elle pompait 8 millions de barils par jour (mbj), respectant à la lettre son quota de 8,05 mbj.
Depuis, le Royaume wahhabite a relâché son effort, comme l'a montré jeudi le rapport mensuel de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Pour le troisième mois d'affilée, l'Arabie a dépassé nettement son quota, pompant 8,2 mbj en août.
Ainsi, "l'Arabie saoudite a été le principal contributeur de la hausse de production de l'Opep constatée depuis le mois d'avril", observe Torbjorn Kjus, analyste chez DNB Nor.
Lasse de jouer "les pompiers de service", l'Arabie saoudite n'a donc vraisemblablement pas souhaité que l'Opep, dont elle est le chef de file, revienne formellement sur la question des quotas lors de sa réunion mercredi. Alors que d'autres ministres avaient martelé que le respect des baisses de production était indispensable, de façon frappante le communiqué final passe ce point sous silence.
Le premier exportateur de l'Opep semble mettre au second plan le respect des limites de production, parce qu'il mise sur la reprise économique pour ramener à l'équilibre le marché pétrolier, mais aussi parce que l'effort lui pèse.
Ali al-Nouaïmi, son puissant ministre, a adopté cette semaine un ton très optimiste, jugeant le marché "très stable et en bonne santé", et signalant "une hausse de la demande de certains clients" en Asie, en particulier en Chine.
Il se peut aussi, avance Francisco Blanch, analyste chez Merrill Lynch, que "le fardeau soit trop lourd pour l'Arabie saoudite".
Pour ce pays, "le manque à gagner en termes de revenus pétroliers se situe probablement autour de 100 milliards de dollars par an, soit 25% du Produit intérieur brut" saoudien, calcule-t-il.
Parmi les 12 pays membres de l'Opep, "ce sont les citoyens saoudiens qui ont assumé le plus gros des baisses de revenus par personne", ajoute-t-il.
Sachant cela, le laxisme des pays membres qui "trichent" avec leur quota est de plus en plus difficile à accepter. Car l'Iran, le Venezuela ou l'Angola, ont fait fi des décisions du cartel, et profité la remontée des prix sans assumer leur part du sacrifice.
Ces trois pays "ont ignoré leurs cibles de production, et collectivement, ils ont représenté 65% de la surproduction depuis janvier", rappelle l'AIE dans son rapport.
Pire, les efforts de l'Arabie saoudite ont permis à la Russie, qui n'appartient pas au cartel, de prendre sur elle un avantage commercial.
Tandis que l'offre saoudienne déclinait, la production russe a, elle, graduellement remonté depuis le début de l'année, passant de 10 mbj à 10,2 mbj en août selon l'AIE.
"L'Opep a perdu des parts de marché dans la production mondiale de brut face à la Russie, en particulier l'an dernier", profitant "d'un voyage gratis, payé par les réductions de production de l'Opep", rappelle M. Blanch.
AFP et www.romandie.com
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