Absent des écrans du monde, les pays arabes du Golfe ont décidé d'y remédier, la preuve: d'Abou Dhabi va bientôt produire son premier long métrage de fiction. "On tourne des films depuis les années 1970 mais nous n'avions pas d'industrie", explique le directeur adjoint du Festival du film d'Abou Dhabi, Kellen Quinn, présent au festival de Cannes. Cette année, ce petit émirat d'1,5 million d'habitants a dressé au Marché du film un pavillon à la mesure de ses nouvelles ambitions, spacieux et élégant. Côté offre, il n'est pour l'instant question que de courts métrages et de quelques documentaires. "Le défi aujourd'hui est de tourner un long métrage de fiction", admet M. Quinn, avant d'ajouter, satisfait, que c'est quasiment chose faite: le futur premier tournage sera officellement annoncé vendredi. Si l'émirat voisin de Dubaï est absent de cette 63e édition cannoise, le Qatar est là, pour la première fois, avec les mêmes envies: faire exister une production naissante en soutenant ses jeunes talents, tout en encourageant la population locale à se rendre dans les salles de cinéma. "Nous avons déjà 50 écrans pour 1,2 million d'habitants. Le week-end, les cinémas sont pleins", affirme la porte-parole de l'Institut du cinéma de Doha, Fatma Al Remaihi, qui précise que c'est un phénomène récent. "Depuis quelques années, tout le monde va au cinéma au lieu de rester à la maison devant la télévision". "Il y a une faim de cinéma dans les émirats", confirme M. Quinn, qui le mesure aussi à la fréquentation de son festival qui se tient depuis 2007 à Abou Dhabi, au mois d'octobre. "Nous avions 15.000 personnes l'an dernier, deux fois plus que lors de la précédente édition", souligne-t-il, décrivant "des gens totalement excités" par une programmation mêlant films arabes, productions indiennes et occidentales. 128 films, représentant 49 pays, dont 72 longs métrages avaient été présentés, avec un jury présidé par le réalisateur iranien Abbas Kiarostami. Le Qatar s'est aussi doté l'an dernier, avec l'aide de nombreux professionnels étrangers, d'un festival, programmé dans la foulée de celui d'Abou Dhabi. A côté de ces événements censés faire briller les productions locales et attirer des stars internationales qui répondent effectivement présent au vu du parterre aligné en 2009 -Orlando Bloom, Demi Moore, Hilary Swank...-, les deux émirats ont mis en place un système d'aide financière aux réalisateurs du cru. "Nous avons financé cette année trois documentaires et six courts métrages", déclare Marcelle Aleid, directrice marketing de la commission du film d'Abu Dhabi, un organisme créé en janvier 2009. Cette commission offre aussi des bourses et des formations et organise un concours de scénarios doté d'un prix de 100.000 dollars, remporté l'an dernier par la réalisatrice saoudienne Haifa Al Mansoor. Au Qatar, qui consent d'"énormes investissements dans la culture", l'Institut du cinéma joue le même rôle. Les deux émirats ne cachent pas leur détermination à proposer à leurs citoyens autre chose que du "Hollywood et Bollywood": un cinéma qui mette en avant leur mode de vie et leurs aspirations, tout en intégrant la "sensibilité religieuse" qui prévaut dans cette région, dit M. Quinn. Mais, de ce point de vue, "c'est plus souple qu'il y a dix ans", affirme Mme Aleid. Un cinéma qu'ils souhaitent au plus vite exporter hors des frontières du monde arabe pour donner leur vision de leur société, souvent ignorée ou fantasmée.
AFP
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